Le 10 mars dernier, à l’occasion d’un évènement appelé L’égalité en tout, ni plus, ni moins, organisé par le collectif du 8 mars de Lille, Sneetch a rencontré salle du Gymnase Enola Potet, 16 ans, lycéenne cambraisienne et artiste plasticienne.

La journée du droit des femmes c’est bien, quand ça s’étend toute l’année, c’est mieux ! C’est pourquoi le collectif du 8 mars à Lille organise jusqu’au 24 mars des évènements célébrant les femmes. C’est à l’une de ces occasions que Sneetch a rencontré Enola, Cambraisienne de 16 ans. Dans cette période de libération de la voix des femmes, nous avons choisi de célébrer la voie artistique de cette créatrice précoce.

Sneetch : Comment êtes-vous devenue artiste ? Que signifient vos œuvres ?

Enolat Potet : « J’ai découvert les arts plastiques à l’école primaire, grâce à l’association les Scènes du Haut-Escaut. Depuis je n’ai jamais lâché cette passion, j’ai même pris la spécialité arts plastiques en première littéraire. Mon travail se constitue de moulages en plâtre de corps de femmes avec écrits dessus des insultes sexistes reçues communément. Je travaille à la fois sur l’image de la femme et sur le regard porté par les autres. »

Exemple d’oeuvre d’Enola Potet, dénonçant les insultes à caractère sexiste.

S. : En quel sens vous considérez-vous féministe ?

E.P : « Je pars du principe qu’untel ne mérite pas d’avoir plus qu’untel, pour X raison que ce soit. Je suis féministe car je défends les femmes, mais aussi de façon plus générale toutes les formes de racisme. Je veux l’égalité entre tous les genres et non pas qu’entre les femmes et les hommes. »

S. : Quelles observations portez-vous sur la place des femmes dans le monde de l’art ?

E.P : « Je trouve cette place minimisée, malgré de grandes artistes comme Nikki de Saint-Phalle, Frida Kahlo ou Barbara Kruger. Il est certain que les noms des femmes artistes ressortent moins facilement que ceux de leurs homologues masculins. Il ne faut pas non plus oublier la place des muses dans le travail des artistes, même si souvent elles étaient simplement considérées pour leur image, comme des objets. »

 » Les femmes, en général, ont plus de choses à dire car elles sont opprimées. « 

S. : Pensez-vous que l’univers des artistes féminins et masculins est différent ?

E.P : « Pas réellement, certains univers sont très ressemblants, si l’on compare par exemple les auto-portraits de Van Gogh et Frida Kahlo. Cependant, les femmes ont tendance à être plus « trash » que les hommes, je trouve. Je pense par exemple à une artiste tchèque adepte de l’automutilation dans ses œuvres, ou encore à Barbara Kruger qui, par la façon dont elle détourne des slogans de publicité, montrera une ambition singulière, celle de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Les femmes, en général, ont plus de choses à dire car elles sont opprimées, le message se libère alors plus vite et plus fort. »

S. : L’année dernière une exposition de vos œuvres à Cambrai a fait du bruit, que s’est-il passé ?

E.P : « Une personne s’est plainte auprès du maire que mes œuvres revêtaient un caractère pornographique, la maire a, par la suite, retiré les œuvres de l’exposition sans mon consentement. Cette affaire a fait du bruit en effet, des journaux locaux et nationaux en ont parlé, et la Ligue des droits de l’Homme s’est saisie de l’affaire. J’étais dans l’incompréhension et la colère, car mes intentions étaient artistiques et non pornographiques. »