Revenons sur quelques moments forts de la mobilisation lilloise contre le projet de loi Vidal « orientation et réussite des étudiants ». 

Vendredi 23 : Occupation nocturne de Lille 2 (Campus Moulins)

Sur les réseaux sociaux, le message tourne. « Rassemblement à Lille 2, venez nombreux ». A la vitesse de la lumière, ou plutôt, de la Wi-fi, une nouvelle action s’organise.

En effet, vers 17h, les étudiants qui occupaient l’amphithéâtre B1 de l’université de Lille 3 en protestation contre les violences de Montpellier se sont fait déloger par les forces de l’ordre. Les manifestants partent de Lille 3, et se rassemblent spontanément devant Lille 2. Plus de deux cents personnes sont présentes, y compris les députés France Insoumise Adrien Quatennens et Ugo Bernalicis. Les manifestants pénètrent dans la fac, et une Assemblée Générale s’organise dans un amphithéâtre. L’occupation pour la nuit est votée.

Grâce à une communication active sur les réseaux sociaux, l’occupation s’organise. De nouveaux militants arrivent, alors que la nuit tombe sur Lille 2. Le doyen, Jean-Gabriel Contamin, a intercédé en faveur de la mobilisation auprès du président de l’Université de Lille et auprès du préfet. Ce soir là, la police ne délogera pas les jeunes.

Dans l’amphithéâtre, les profils sont divers : professeurs, étudiants récemment politisés, militants de longue date qui ont fait le tour des ZAD d’Europe. Étudiants de Lille 2, Lille 3, de l’IEP. Chacun prend la parole pour donner son avis sur les mobilisations à venir. Des petits groupes travaillent sur des communiqués, pour les médias et pour les autres étudiants. Les enseignants expliquent à qui veut les problèmes de budget de l’Université. Le manque de postes. Les retards de paiement pour les chargés de TD vacataires. La colère, sourde, se lit sur tous les traits. Le souci, aussi. Montpellier est dans tous les esprits.Tout le monde craint une intervention de l’extrême droite, très bien implantée à Lille.

MONTPELLIER EST DANS TOUS LES ESPRITS

La vie dans l’amphithéâtre s’organise. Les étudiants se servent à manger, discutent en petits groupes, sommeillent, le tout dans une ambiance bon enfant. Un jeune homme rigolard distribue une tisane délicieuse, préparée « à la mode de Bure » .

Le blocage tiendra jusqu’au samedi après-midi, grâce au déplacement d’un colloque sur l’anarchisme dans l’amphithéâtre occupé.

Assemblée générale à Lille 2, lundi 26 mars

Lundi 26 et Mardi 27 : Échauffourées avec l’extrême-droite

Un nouvel appel au rassemblement à Lille 2 est passé pour lundi. Une foule assez conséquente, de tous bords politiques, se masse devant l’entrée du Campus Moulins. Une nouvelle Assemblée Générale se tient, avec l’autorisation du doyen. Il y assiste en début de soirée, écoute les doléances et encaisse les critiques.

Pendant l’Assemblée Générale, vers vingt heures, les étudiants s’agitent. Des militants d’extrême droite seraient présents aux abords de la fac. Certains sortent pour regarder, d’autres hésitent à rentrer chez eux ou à rester pour le vote. L’ambiance est glaçante. Quelques votes sont effectués à la va-vite, et l’AG est suspendue. Le doyen interdit toute entrée et sortie de la faculté. Les étudiants sont coincés. Des nouvelles arrivent de l’extérieur : un peu plus tôt, trois étudiants sortant de l’AG se seraient fait passer à tabac. Les habitants du quartier seraient intervenus et auraient repoussé les assaillants. La police est ensuite intervenue pour sécuriser le quartier et faire sortir les étudiants présents. La colère gronde, et une manifestation sauvage s’organise.

Mardi, de nouveau, une AG s’organise après les cours. Cette fois-ci encore, une dizaine de militants d’extrême droite du groupuscule Génération Identitaire se présentent aux abords de la faculté, avec leur leader lillois, Aurélien Verhassel. Quelques militants anti-fascistes les tiennent à distance. Un élève connu pour son affiliation à la droite dure sort de la faculté, et se fait chahuter. L’ambiance est extrêmement tendue. Le doyen prend la décision d’annoncer la fermeture administrative du campus Moulins le lendemain à partir de 14h, pour permettre aux jeunes d’aller manifester en toute sécurité.

Depuis, trois militants d’extrême droite ont revendiqué sur les réseaux sociaux et dans la Voix du Nord avoir porté plainte pour violences. Une enquête a été ouverte.

Manifestation étudiante à Lille

 

Mercredi 25 : Manifestation et intervention policière

Une manifestation « face à la répression et aux attaques fascistes » est déposée par SUD et les Jeunes Insoumis. Le mot d’ordre qui tourne sur les réseaux sociaux est « Flics, Fachos, hors de nos facs ». Vers 14h, la manifestation débute, toujours dans une ambiance tendue à cause des évènements de la veille. La présence policière est énorme. Des camions de CRS jalonnent le parcours, ainsi que des policiers à cheval, en moto, en voiture, à pied, et en civil. Aux alentours de Porte de Paris, la manifestation sort du parcours officiel. Certains syndiqués s’arrêtent, mais le gros de la mobilisation continue à défiler.

« Flics, Fachos, hors de nos facs »

Les manifestants remontent en direction de la gare Lille Flandres, pour apporter un soutien aux cheminots grévistes. Dans la rue du Molinel, un grand barrage policier est en place. Un manifestant lance un objet en direction des policiers, qui atterrit à quelques mètres d’eux. Des insultes fusent. Soudainement, les policiers chargent. La panique gagne la foule, car il est difficile de reculer dans la rue en travaux. De nombreuses grenades lacrymogènes sont tirées. Les manifestants s’enfuient en courant entre les plots en ciment. Certains tombent, d’autres se réfugient dans les magasins et les administrations alentours. C’est le chaos. Un peu plus tard, les manifestants se réunissent dans une rue adjacente, dans l’objectif de prendre le métro vers Lille 3 pour une nouvelle Assemblée Générale. Là encore, les forces de l’ordre chargent les étudiants. La manifestation se disperse. Bilan de la journée : deux arrestations, un poignet et quelques doigts cassés par les matraques, quelques crises d’asthmes, et une dizaine de blessés légers. Cela n’a pas suffi à décourager la majorité des jeunes présents, puisqu’un rassemblement est prévu jeudi à 14h Place de la République. D’autres actions sont également en cours de préparation, notamment pour soutenir la grève des salariés de Carrefour le samedi, ainsi que la grève des cheminots qui débute 2 avril.

* : Bure : village des Vosges situé sur la ZAD d’un nouveau site d’enfouissement de déchets radioactifs. Lieu de mobilisation de militants de gauche altermondialistes, autonomistes,etc.