A la suite de l’affaire Weinstein, des humoristes, des journalistes, des photographes mais aussi d’anciens ministres se sont retrouvés, eux aussi, accusés de harcèlement sexuel par plusieurs femmes, notamment à travers le hashtag #balancetonporc. Si il est bien entendu réjouissant de voir que la parole des victimes se libère, il est aussi utile et nécessaire de s’interroger sur la manière dont cette parole s’affranchie.

Le hashatg #balancetonporc pose un problème d’ordre juridique lorsqu’il est utilisé pour citer nommément une personne que l’on accuse de faits de harcèlement sexuel. Ce hashtag utilisé ainsi semble aller à l’encontre d’un des principes fondamentaux du droit français, la présomption d’innocence. N’est pas juge qui le veut. Accuser quelqu’un d’abus sexuels peut avoir des conséquences extrêmement préjudiciables, même irréparables si par la suite ces accusations se révèlent infondées. Le propos tenu ici est en aucun cas de remettre en cause la véracité générale et la nécessité des témoignages mais simplement de s’interroger sur une possible dérive calomnieuse même infime soit-elle.

Vincent Cattoir-Jonville, professeur de droit public à Lille 2.

C’est notamment la crainte de Vincent Cattoir-Joinville, professeur de droit public à l’université Lille 2 : « Il est une excellente chose que l’on puisse aider à ce que la parole se libère mais il ne faut pas que ça se fasse n’importe comment, dans n’importe quelle condition et au mépris des principes fondamentaux du droit, c’est-à-dire de la présomption d’innocence ».

L’argument souvent entendu selon lequel le peu de plaintes déposées serait dû au refus des forces de l’ordre de les enregistrer peut être contourné selon le professeur : « Vous savez, il y a deux manières de porter plainte. Vous pouvez porter plainte au commissariat où on a théoriquement l’obligation de prendre votre plainte mais si on vous refuse ce droit vous avez une autre solution. Vous écrivez directement au procureur de la République. Après ça, l’officier de police qui n’avait pas voulu prendre votre plainte sera obligé de s’exécuter ». Un travail d’éducation des forces de l’ordre apparaît nécessaire à M. Cattoir-Joinville, ce dernier estimant aussi que les associations d’aides aux victimes doivent approfondir leur travail d’accompagnement : « Il faut que les associations aient aussi un rôle de conseil sur les droits dont les personnes disposent ».

La question est épineuse car le dilemme réside dans la recherche de la solution adéquate pour arriver à mettre fin à un silence gardé depuis trop longtemps sans pour autant partir à la dérive en voyant jaillir des flots d’accusations à tout va, ne reposant sur aucun fondement. La secrétaire d’Etat à l’égalité entre les hommes et les femmes, Marlène Schiappa a rappelé elle aussi ces derniers jours que « Twitter ne remplace pas un tribunal ».

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