Fin octobre 2016, le démantèlement de la « jungle de Calais » touchait à sa fin. Environ 7400 migrants étaient évacués et répartis dans quelque 300 centres d’accueils et d’orientation (CAO) répartis dans toute la France. Mais qu’advient-il de ceux qui restent ?

Ils sont aujourd’hui 350 réfugiés dans le Calaisis selon la préfecture, entre 600 et 800 selon les associations. A l’époque de la Jungle, « les associations étaient très actives sur place, il y avait un assainissement, des douches, des toilettes, des centres de soins directement auprès des migrants. On trouvait ça absolument atroce mais rétrospectivement on en vient presque à regretter cette situation matérielle » raconte Sophie, initiatrice de Migraction59.

Exemple de trajet d’un migrant d’Ethiopie à Calais

En effet, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb souhaitant empêcher le « point de fixation », aucune infrastructure d’hygiène, aucun accès à l’eau potable ou abris pour se protéger des intempéries ne sont mis à la disposition des migrants. « La police intervient en permanence pour les empêcher de rester. Ils sont obligés de faire des kilomètres, déplacer leurs tentes, se déplacer toute la journée. Ils sont dans un état de fatigue physique qui est extrême », affirme Sophie.

Le collectif Migraction 59, qui compte plus de 1000 membres à son actif, propose à des particuliers d’accueillir des migrants les week-ends afin que ceux-ci puissent se reposer et retrouver le confort d’un logis. « A vrai dire, on ne devrait pas avoir à monter ce genre de plateforme d’hébergement si l’État remplissait ses missions, si les exilés ne faisaient pas face à la politique de non-accueil délibérée du gouvernement. » souligne Martin, bénévole au sein du mouvement citoyen.

Et les droits de l’Homme alors ?

Les méthodes de dissuasion utilisées par les CRS pour éviter ce fameux « point de fixation », sont souvent dénoncées par les associations et les exilés. F., migrant éthiopien âgé de 29 ans, explique sentir un traitement différent de la part de la gendarmerie qui serait « plus compréhensive et empathique envers les migrants », tandis qu’il associe la police aux mots « allez dégage ».

« A Calais, les droits de l’Homme ne sont pas respectés, on se demande même si on est en France. »

 « Il y a une réalité qui est cachée. Il n’y a plus d’action politique envers les migrants », affirme Abebe, éthiopien de 32 ans. Abebe tient un blog qu’il met à jour dès qu’il a accès à internet. Il y explique ses conditions de vie et s’adresse directement au Président de la République. « J’ai la chance de comparer deux images de la France puisque plus jeune j’y ai fait mes études. A Calais, les droits de l’Homme ne sont pas respectés, on se demande même si on est en France. »

 Des actions publiques contradictoires

Malgré la politique migratoire consistant à éviter la formation d’une nouvelle Jungle, le 6 mars démarrait une distribution de repas pour les migrants assurée par l’Etat. Sophie explique le manque de succès de l’initiative : « On a la main gauche qui donne à manger et la main droite qui chasse. Les migrants ne comprennent pas bien quelle est la position de l’Etat à leur égard. »

Paradoxalement, certaines municipalités tentent d’agir financièrement pour loger les exilés, comme la commune de Grande-Synthe qui ouvrait un camp de réfugié en mars 2016. Cela dénote d’une opposition entre la politique gouvernementale de non fixation et certaines politiques municipales d’accueil aux migrants.