De Calais à l’université de Lille… Parcours de vie d’étudiants réfugiés.

Huit mois qu’ils sont arrivés. Huit mois que les 80 étudiants-réfugiés de Calais ont quitté la « Jungle » et ont débarqué à l’Université de Lille. Chronologie des événements.

Giorgio Passerone, professeur d’italien à Lille 3, armé de son dynamisme et de ses élèves a commencé à élaborer un projet d’accueil, initiative rapidement suivie par les présidents des universités de Lille. Des partenaires ont rapidement été trouvé et un projet d’intégration a vu le jour. La spécificité du projet lillois ? Il ne s’occupe pas uniquement de l’apprentissage du français et des études mais aide aussi les jeunes aussi au quotidien.

L’arrivée sur Lille

Pot d’amitié avec les présidents des universités lilloises et des étudiants réfugiés.

C’est en Septembre 2016 que tout a commencé. Les jeunes, de toutes origines, ont troqué la Jungle pour un bâtiment CROUS situé à Cité Scientifique, sur le campus de Lille 1. Le bâtiment était un peu vieillot, les chambres de 9m2 un peu petites mais l’essentiel, l’hygiène et l’intimité, était présent. Concernant le loyer, jusqu’à la fin de l’année scolaire c’est la préfecture qui le prend en charge. Mis à part une aide au logement, les réfugiés perçoivent aussi des bourses CROUS et l’organisme prend aussi en charge leurs repas durant la semaine. Toutes ces aides leurs sont accordées pour qu’ils puissent étudier dans les meilleurs conditions. Et c’est ce qu’ils font. Soutenus par le personnel encadrant. L’intégration passant par la régularisation soixante sur quatre-vingts d’entre eux ont désormais obtenu le statut légal de réfugié. Un excellent taux de réussite selon l’équipe pédagogique.

La scolarisation

Si la régularisation est importante, la scolarisation l’est aussi. Toute l’année, ils ont suivi des cours de Français Langue Etrangère (FLE). Répartis dans quatre groupes de niveau, ce sont des professeurs et des étudiants bénévoles qui leur font classe. Le but ? Qu’ils puissent prochainement intégrer des filières où l’enseignement est dispensé en français. Théoriquement, aucune porte ne leur est fermée. Toutefois ils ne bénéficient pas d’un traitement de faveur, les sélections d’entrée sont les mêmes pour tous, réfugiés ou non. Certains privilégient l’alternance ou les formations courtes ; d’autres, au contraire, s’élancent dans de longues études comme la philosophie ou le droit. Il y a trois semaines, quelques uns parmi les plus à l’aise ont débuté des cours par immersion. C’est-à-dire qu’ils suivent les cours de la filière qu’ils préfèrent, sans être notés, pour évaluer s’ils sont prêts ou non à l’intégrer. C’est en juin qu’une commission tranchera. Composée de membres de l’équipe pédagogique (professeurs, conseillers d’orientation …) celle-ci décidera au cas par cas s’ils sont aptes à commencer leur formation.

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Une université bienveillante

L’université remplissant son rôle, personne ne sera laissé de côté. « Il y aura une solution pour tous, en revanche elle sera différente pour chacun. Ce sera du sur-mesure. », explique Emmanuelle Jourdan-Chartier. Chargée de la vie étudiante à Lille 3, elle est très investie dans ce projet et nous dit avec conviction que l’université se doit d’aider tous ses étudiants. Qu’ils soient handicapés, jeunes travailleurs, mineurs, parents, réfugiés, l’université a pour mission de les encadrer et de les aider à se former pour leur vie future.

Les perspectives d’avenir

Les aides dont disposent aujourd’hui les étudiants réfugiés ne vont pas durer. Dès Septembre tous feront désormais parti du régime de droit commun. De fait, ils devront trouver un job étudiant, gérer leur budget, leurs cours, et tout ce qui fait la vie étudiante, pas toujours facile, comme le souligne Mme Jourdan-Chartier. Cette prochaine autonomie, ils l’attendent. Certains avec impatience. Et c’est le but. Le but premier de ce projet d’ailleurs, qui est de pouvoir amener ces jeunes à être autonomes, citoyens et indépendants. Pour qu’ils puissent ainsi essayer d’oublier l’errance et l’incertitude en envisageant des jours meilleurs.

Vers une reconduction du projet ?

Magnifique initiative n’est-ce pas ? Bel exemple d’un projet solidaire et salutaire pour beaucoup. Cependant, lorsqu’on demande à Mme Jourdan-Chartier si le projet va être reconduit, c’est l’hésitation. « Tout dépendra des futures élections présidentielles », confie-t-elle. Certains candidats supprimeront sans hésiter les financements permettant de venir en aide aux étudiants-réfugiés. Mais s’il s’avère que les fonds soient maintenus c’est avec enthousiasme et détermination que les universités et leurs partenaires se relanceront dans l’aventure.

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Interview de Giorgio Passerone et d’étudiants bénévoles :