Sélection à l’université : ce qu’en pensent les étudiants

Très controversée, la sélection à l’entrée de l’université vient de changer de statut. Une proposition de réforme du gouvernement du 30 octobre 2017 avance une sélection « douce » des futurs étudiants. A l’occasion d’un débat organisé fin octobre octobre à l’université de Droit et Santé de Lille, Sneetch revient sur la question.

Il y a un mois, dans le self étudiant de Lille 2, quelques tables ont été rassemblées ; une quinzaine d’étudiants sont présents, attirés par le débat à venir et le café gratuit. En dix minutes, le self se transforme en arène. Le combat oppose les partisans de la sélection à l’université et les adeptes du libre accès. L’ambiance d’abord bon enfant s’anime rapidement. Les arguments, pré-écrits et lus d’une voix tremblante sous l’effet du stress, se transforment en cris du cœur, prônant valeurs et idéaux. Malgré les règles de temps de parole et d’écoute établies au préalable, les arguments fusent et les esprits s’échauffent.

Les deux partis s’accordent sur l’augmentation problématique du nombre d’étudiants à la fac depuis plusieurs années et la dégradation des conditions d’enseignement. Contrairement à l’idée commune, le clivage sur la sélection à l’université n’est pas calqué sur l’opposition gauche/droite mais sur l’investissement de l’État dans le domaine universitaire.

Selon Sulliman, étudiant en sciences politiques engagé à l’UNEF (Union Nationale des Étudiants de France) et favorable au libre accès, le manque de financement des études est le fait d’un désinvestissement de l’Etat, notamment depuis 2006. Le gouvernement manquerait à son obligation morale d’engagement matériel dans le domaine universitaire.

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Les esprits s’échauffent à Lille 2 autour de la question de la sélection à l’université.

Jérôme, étudiant en master de finance et fiscalité publique, lui répond qu’il est utopique de penser que l’Etat pourrait s’investir plus dans les études supérieures. Compte tenu du contexte de crise et de la dette fiscale de l’Etat, on ne pourrait espérer plus de financements publics pour l’université. La solution qu’il avance est la solidarité citoyenne. Les individus devraient palier le manque d’investissement étatique par des initiatives privées. Il s’appuie sur l’exemple de son engagement dans des associations d’aides et de soutien scolaire aux jeunes étudiants.

La question de l’entrée dans le monde professionnel est ensuite soulevée par les étudiants. Les partisans de la sélection constatent qu’une multitude d’individus se retrouvent sur le marché du travail avec les mêmes qualifications. Or il n’y a pas d’emploi pour tous. D’autant plus que les employeurs valorisent désormais les diplômés d’études plus professionnalisantes, tels que les DUT et BTS. Pour les-pro entrée libre, cette technique est injuste. L’accès aux études supérieures pour tous est primordial au nom de l’égalité des chances.

Les étudiants pro-sélection critiquent une sélection officieuse préexistante. Un écrémage massif qui gagnerait à devenir officiel et encadré sous la forme d’un examen d’entrée. Ainsi les étudiants inscrits à l’université « par défaut » dans une licence qui ne leur correspond pas seraient écartés d’office.

La question même du type de sélection divise.

Ceux en faveur d’une sélection s’accordent sur un concours égalitaire et qui se préparaient dès l’entrée au lycée. Néanmoins l’établissement d’un tel concours semble un casse-tête. Il ne faut pas qu’il soit trop difficile et écarte trop de personnes. Il ne faut pas qu’il soit trop facile au risque d’être inutile. Il ne faut pas qu’il repose sur des prérequis de l’enseignement général ou de la filière en elle-même, ce qui évincerait les bacs-professionnels et technologiques ou encore les profanes du domaine.

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Depuis le débat, le gouvernement a, lui, fait son choix. Le 30 octobre dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a présenté son projet de réforme. L’objectif est de supprimer le tirage au sort, seule forme de sélection légale jusqu’à présent, pratiqué dans certaines filières très demandées. Les facultés auront désormais accès aux bulletins des futurs étudiants pour les sélectionner. Mais seules les filières saturées pourront réellement refuser des étudiants. Les lycéens recalés par une filière auront la possibilité d’en intégrer une autre ou de maintenir leur choix. Dans ce cas, le gouvernement entend mettre en place des modules de remise à niveau (stage, cours en ligne, année d’apprentissage après la terminale), dont le caractère obligatoire est toujours en débat. Le gouvernement souhaite par ce biais permettre aux étudiants un accompagnement personnalisé pour qu’ils acquièrent les compétences nécessaires à leur réussite.