Les mains dans les poches, en bas des immeubles de Lille-sud, Moulins, Wazemmes, ou dans le secteur des portes de métro, les dealers attendent, comme tous les jours, ceux qui veulent s’amuser plus que d’habitude ou ceux qui, comme d’habitude, veulent s’amuser. Impossible de passer outre le trafic de drogue  dans la métropole lilloise, dans les rues, les clubs et les bars et même dans la presse régionale. Comme si la ville faisait une overdose.

« On a une impression de banalisation, que la drogue est très disponible dans tous les milieux. »

Au rythme des saisons s’enchaînent les saisies de cocaïne, cannabis, héroïne et MDMA/ecstasy. Lille, ville culturelle, est bel et bien le théâtre de nombreux événements violents liés au trafic de stupéfiants. Aujourd’hui, même s’il est difficile d’obtenir des chiffres, l’OFDT (l’Observatoire Français des Drogues et de la Toxicomanie) avec la collaboration de l’association Spiritek remarque une augmentation de la prise de MDMA/ecstasy, cocaïne et kétamine dans le milieu festif (soirées privées, clubs, bars, festivals, salles de concert, soirées alternatives) depuis 2005 ainsi qu’une plus grande diversité de profils chez les consommateurs :« On a une impression de banalisation, que la drogue est très disponible dans tous les milieux. On voit des profils de plus en plus variés avoir accès et consommer de la drogue. On retrouve aujourd’hui par exemple des étudiants très intégrés qui ne correspondent pas au profil de « teufeurs » qui prennent de la kétamine. Il faut comprendre que les groupes se mélangent et s’initient. Le public traverse les espaces. C’est important à comprendre si on veut étudier le phénomènes des drogues. », explique Sébastien Lose, sociologue à l’association le Cèdre Bleu, chargé de recherche sur les nouvelles tendances des usages de produits stupéfiants à Lille par l’OFDT. L’héroïne et le cannabis, restent pour leur part toujours autant consommés.

Des circonstances atténuantes

Qualifiée par Martine Aubry de « plaque tournante », la ville connaît un bad trip surtout en raison de sa situation géographique. Sa proximité avec la Hollande et la Belgique fait qu’elle n’est jamais à sec : « Les marchés entre la Hollande, la Belgique et la France sont extrêmement proches et ce qui crée une continuité qui passe les frontières en terme de diffusion et consommation des drogues. Il y a une présence continuelle et assez importante de différents produits qui font que Lille est fortement touché par la consommation de drogue. »

Cette faible distance entre le lieu de production et celui de consommation garantit aux usagers des prix attractifs largement en dessous du prix moyen fixé dans d’autres grandes villes françaises : « La cocaïne et l’héroïne sont des produits  dont le prix a beaucoup baissé ou alors sont accessibles en petite quantité (on n’est plus obligé d’acheter au gramme ou demi gramme), on peut acheter un 10 euros, un 20 euros. Certaines personnes viennent même acheter leur produit à Lille pour le revendre au prix fort dans leur région » déclare Sébastien Lose. L’héroïne se vend en moyenne 20 euros le gramme alors qu’il faut compter 40 à 50 euros dans d’autres villes de France. L’accessibilité financière de ces produits peut se comprendre par la précarisation de la population lilloise : « Les vendeurs se sont beaucoup adaptés au fait qu’il y ait de moins en moins d’argent dans les poches des consommateurs. Cette précarisation des usagers est corrélée à l’augmentation du chômage et de la précarité dans la société. Le marché de la drogue s’apparente aux marchés légaux. On y retrouve les lois de l’offre et de la demande. Le marché est mobile, il s’adapte aux besoins actuels des consommateurs. »

Agir autrement

Lille semble plus que jamais noyée dans l’étendue de l’offre de stupéfiants qui séduit des consommateurs occasionnels, réguliers et quotidiens. Pour faire face à ce phénomène, plusieurs associations comme Spiritek et le Cèdre Bleu luttent tous les jours pour que les usagers ne mettent pas en péril leur santé et celle des autres : « il y a 150 CAARUD (Centre d’Aide et d’Accompagnement à la Réduction des Risques des Usagers de Drogues) en France dont 6 à Lille contre 1 à Renne par exemple. Ce n’est pas anodin. Surtout qu’ils ne désemplissent pas et sont même en sureffectif. » A leur échelle, elles agissent au quotidien pour ne pas briser le dialogue avec les usagers, pour leur fournir du matériel stérile pour éviter la transmission de maladie et garantir leurs droits. Toutes sont unanimes : la politique en matière de drogue est obsolète comme en témoigne la hausse de la consommation des produits stupéfiants. Depuis 1970, la loi concernant l’usage et le trafic de stupéfiant n’a pas été modifiée pourtant ces deux phénomènes persistent et s’amplifient. Le 26 juin 2018 se tiendra comme tous les ans, la journée d’action mondiale « Support. Don’t punish » pour promouvoir de meilleures politiques des stupéfiants axées sur la santé publique et les droits humains, et dénoncer les dommages causés par la guerre contre la drogue.

Pour se faire aider :

http://lillemetropole.point-infofamille59.fr/spip.php?article536

Pour en savoir plus :

http://www.cedre-bleu.fr/_docs/Fichier/2016/6-161006024926.pdf

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23770552