Drogues et addictions : mieux comprendre pour mieux prévenir

« Drogues dures VS drogues douces », « enfermement dans la dépendance VS expérience de la liberté »… Les mentalités occidentales, empreintes des visions tragiques de Requiem for a dream ou Trainspotting, semblent avoir définitivement absorbé ces paradoxes manichéens. Ce qui est licite n’est pourtant pas forcément plus sain et moins addictif. En témoigne un rapport publié en juin 2017 par l’OFDT, observatoire français des drogues et des toxicomanies : 49 000 personnes sont mortes de l’alcool en 2009, drogue licite et dite « douce » tandis que 241 personnes ont succombé à une overdose d’héroïne en 2014, drogue illicite et dite « dure ».

Déterminé à réduire les risques liés à la consommation de psychotropes, le docteur Claude Olivenstein, psychiatre français spécialisé dans le traitement de l’addictologie, s’est délesté des diktats de la société. Ainsi, pour lui, l’usage que l’on ferait d’un produit serait plus nocif que la substance en elle-même.

Le « psy des toxicos » a élaboré dans cette optique le triangle multifactoriel. Jonction des approches médicale, psychologique et sociologique des drogues, il tend à déterminer le profil de consommation d’un usager selon trois facteurs : le produit, la personne et le contexte.

Les paramètres médicaux comprennent la quantité, la fréquence de consommation d’un produit ou encore son mode d’administration. L’approche psychologique consiste à déterminer la potentielle vulnérabilité psychique de l’usager. L’approche sociale est quant à elle un focus sur l’environnement familial et social de l’individu.

L’exhaustivité des facteurs étudiés permet de déterminer si la consommation tend à être expérimentale et festive. A contrario, il peu s’agir d’un usage toxicomaniaque visant à anesthésier la psyché et l’affect de l’usager. Un diagnostic est ainsi établi au cas par cas, engendrant une stratégie d’intervention cohérente et éloignée au maximum de la stigmatisation.

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Le triangle multifactoriel de Claude Olievenstein

« borne to be alive » 

Forte de cette approche, c’est exempté de jugement que l’association Spiritek, située rue du Molinel à Lille, a su adapter ses interventions au profil des consommateurs. Lieu de consultations anonymes et gratuites, l’équipe informe et oriente les usagers dépendants vers des structures de soins.

Consciente de l’usage de produits au sein des milieux festifs, elle a décidé d’y multiplier les interventions de réduction de risques (RdR). Dernier dispositif en date : les « Bornes to be Alive », mallettes regroupant un ensemble d’outils visant à optimiser la sécurité en soirée. Elles contiennent éthylotest, préservatifs, brochures informatives, bouchons d’oreilles ou encore roule-ta-paille. Les organisateurs d’évènements sont formés par l’association afin de pouvoir gérer le matériel en toute autonomie. La formation est, avec un chèque de caution ou une attestation d’assurance, les conditions sine qua non au prêt du matériel.

La ligne d’action est innovante : on se positionne en faveur de la santé du consommateur et non en opposition à sa consommation. Une approche qui permet de prendre conscience des risques et de les amoindrir, premier pas vers une consommation réduite voire nulle.

Devanture de l’association Spiritek située rue du Molinel à Lille.

Pour en savoir plus sur l’association : http://www.spiritek-asso.com/

Florine Chatillon