« Je m’appelle Jean-Philippe Bossut. J’ai 45 ans. Dans la vraie vie je suis professeur d’éducation physique au lycée Alphone Daudet à Leers. Dans une seconde vie, je pars à l’aventure en vélo et réalise des documentaires sur mes voyages.»

La fièvre voyageuse pique Jean-Philippe Bossut dès ses dix ans. Déjà, il « bourlingue le monde », de l’ex-URSS à l’Autriche, en passant par la Pologne. En compagnie des « Rossignolets de Roubaix », il pousse la chansonnette tous les soirs en échange de la gratuité du voyage. Il n’en a pas encore conscience, mais un aventurier vient de naître. Il lui suffirait d’un signe pour prendre la route.

C’est en 2011 que le déclic se produit. Un journal dresse le portrait de Lionel Daudet, alpiniste ayant décidé de faire le tour de France en marchant rigoureusement sur la frontière et ce, sans se déplacer d’un iota et uniquement par des moyens naturels.

« Il se trouve que ma maison se situe dans une rue frontalière dit Jean-Philippe. Sur mon trottoir, on est en Belgique et sur le trottoir d’en face, c’est la France. En faisant le tour de France exactement, il allait forcément passer dans ma rue. Et quand il y a un type exceptionnel qui passe dans votre rue, la meilleure des choses à faire est de lui ouvrir la porte parce que vous allez passer une soirée exceptionnelle ».

L’invitation est sitôt envoyée, sitôt acceptée. Le courant passe instantanément entre les deux sportifs. Ils montent un projet avec l’école de Jean-Philippe, dont le nom est éponyme à celui de Lionel Daudet. Difficile de ne pas interpréter ça comme un signe. Quand il est temps pour Lionel D. de reprendre la route, une vingtaine d’élèves, accompagnés de France 3, entreprennent avec lui les premiers kilomètres. Puis vient le temps des au revoir. Un sentiment de vide s’empare alors de Jean-Philippe.

Jean-Philippe Bossut, gelé mais heureux.

« Je me suis dis « Et toi ? Qu’est ce que tu fais de ta vie ? Cet aprèm, comme tous les autres aprèm, tu vas aller travailler, ensuite tu vas rentrer, tu vas faire tes courses et t’occuper de tes enfants. Tu vas te coucher puis le lendemain c’est pareil ». J’adore travailler, j’adore mes enfants, j’aime pas faire mes courses mais je le fais quand même. Je mène un peu la vie « bip-bip » de monsieur tout le monde. J’arrivais à la crise de la quarantaine. A ce moment, on a besoin, ou de quitter sa femme, ou de partir au bout du monde à vélo. J’en ai parlé à ma femme. On a choisi la seconde option ».

La machine est dorénavant lancée. Objectif numéro un : se rendre à vélo jusqu’au point le plus au Nord de l’Europe. Pour se faire, pas question de se faciliter la tâche : interdiction de prendre la route, il n’empruntera que des petits chemins. « Je ne vais jamais chercher la solution de facilité. Plus je suis isolé, plus j’ai de chance qu’il m’arrive des trucs : on va voir un oiseau sympa, on va découvrir une petite rivière que personne n’a vu, on va se retrouver dans des conditions météo dantesques, on va voir un ciel étoilé complètement incroyable, parce qu’on est très loin de l’humanité quelque part. ».

C’est alors parti pour deux ans de préparation et de recherches de sponsorings. 2014. Jean-Philippe Bossut enfourche son vélo, lourd de 50 kilos. C’est en compagnie de ses proches qu’il parcourt les 116 premiers kilomètres. Après avoir traversé la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark et la Norvège, il en totalise 5 000 au compteur.

Jean-Philippe a réalisé son « rêve de gosse » : voir des aurores boréales.

La naissance d’un documentariste

Lors de son premier voyage, Jean-Philippe Bossut s’était équipé d’une petite caméra, « un petit truc ridicule ». « J’avais aussi fait une petite page Facebook, « D’un Nord à l’autre », en me disant que ça plairait à mes copains de suivre l’histoire ». Mais impossible pour une histoire aussi singulière de demeurer secrète. Un journaliste de Nord Eclair entend parler de ce périple original et lui consacre un article. La lumière est posée sur le cyclo voyageur. Les gens s’évadant par le biais de ses histoires sont de plus en plus nombreux : « D’un Nord à l’Autre », initialement suivi par une quarantaine de personnes, se popularise à la vitesse de l’éclair : 100, 200, 500, puis 800, puis 1000 personnes sont dorénavant tenues en haleine par ses aventures quotidiennes. Aujourd’hui, la page comptabilise 1500 personnes.

Premier film de Jean-Philippe Bossut.

« Là, je me suis dis « Tiens, mes histoires ont l’air de plaire. Essaie au moins de mettre ta caméra droite et de faire des plans qui ressemblent à des plans » ». A son retour, 150 personnes l’attendent sur la place de Leers, dont le Maire. Son enjouement n’est pas minime. Jean-Philippe Bossut à recueilli de belles images. Il a deux mois pour en faire un film, qui sera diffusé au cinéma de la bourgade. L’avant-première fait salle comble, ainsi que les trois autres diffusions. Des boîtes de distribution en demandent un DVD et d’autres salles prennent le parti de partager les aventures de l’apprenti documentariste. « Paris, Auxerre, Montpellier… J’ai fait le tour de France avec ce premier film ».

L’Aventure continue

« Ça m’a bien plu de raconter des histoires, de voyager à vélo et de faire des images. Cela correspond à tout ce que j’aime faire dans la vie, et donc je me suis dit « Tiens, ça pourrait être sympa de vivre de ça ». J’ai gagné un peu d’argent avec mon premier voyage et j’ai réinvesti la totalité de ce que j’ai gagné dans du matériel vidéo : micros, drones, caméras haute définition ». Jean-Philippe Bossut a présenté en avant-première à Leers mardi 17 avril son nouveau documentaire l’Odyslande.

« J’espère que mon nouveau film aura une dimension un peu professionnelle ». Ses nouveaux projets : direction la Birmanie en juillet 2018 puis objectif demi-tour du monde en septembre 2019 jusqu’à Hanoi. Jean-Philippe Bossut n’est pas prêt de cesser de semer « des graines d’aventures » sur son chemin, et peut-être aurons-nous la chance d’en déceler sur le nôtre.

Florine Chatillon