Le 8 mars dernier était célébrée la journée annuelle des droits des femmes. Pour l’occasion, une marche a été organisée à Lille dans un climat de libération des paroles suite à l’affaire Weinstein. Alors entre revendications, inégalités et utilité, qu’en est-il aujourd’hui et peut-on parler de « guerre des sexes » ?

Olympe de Gouge, Frida Kahlo, Simone Veil hier. Malala, Emma Watson aujourd’hui. La liste des personnalités incarnant le combat des femmes est longue. Mais chaque femme apporte une voix au combat mené depuis des années.

Des femmes jouaient de la Battucada Oyamba.
La marche était rythmée par la Battucada Oyamba.

Le samedi 10 mars dernier, ce n’est pas la pluie qui a découragé la centaine de femmes et quelques hommes à descendre dans la rue pour protester contre les inégalités persistantes. Organisée par le Collectif 8 mars de Lille, la marche était rythmée par la Battucada Oyamba, des chants et des slogans tels que « Ras le cul du harcèlement de rue » ou « Solidarité avec les femmes du monde entier ». Car oui, ce n’est pas la Journée de la femme, mais la Journée des droits DES femmeS ! « Quand on dit journée de la femme, ça s’apparente à un idéal féminin, un stéréotype (femme blanche, jeune, mince) alors qu’on est plurielles », explique Alex du Collectif. Et effectivement, des femmes à la peau basanée protestaient également : « On subit une double discrimination : être une femme et noire. Une femme d’Europe de l’Est, blanche, une fois qu’elle aura la nationalité française, on ne lui demandera pas d’où elle vient alors que nous si, même si on est Françaises depuis cinquante générations ».

Pancarte avec le slogan "femmes issues de l'immigration : un cri pour l'égalité"
« On subit une double discrimination : être une femme et noire ».

Un quotidien difficile

« Précaires », « injustes », « incompréhensibles » voire « oubliées ». Voilà les réponses qui reviennent quant aux conditions des femmes. Les inégalités sont nombreuses. La plus courante : le salaire. 26% en moins par rapport aux hommes. La cause ? Les congés maternité. Mais il y a aussi les regards en coin dans la rue, les jugements sur les habits, les tâches quotidiennes (« charge mentale »), les remarques comme « elle a sucé pour réussir », « c’est pas un poste pour une femme »… La France compte pourtant parmi les meilleurs pays concernant les conditions des femmes. « Les moins pires », corrige Alex.

« Quand on dit journée de la femme, ça s’apparente à un idéal féminin, un stéréotype, alors qu’on est plurielles. »

Une utilité débattue

« Sois femme et tais toi », « t’es bonne »… Les femmes sont fréquemment victime d’attaques et d’harcèlement.

Le 8 mars représente une « victoire », un « combat », un « bilan », une « sensibilisation ». Jugée utile pour 47,6 %* (15,9 % sans opinion), c’est le moment de rappeler que même si les conditions des femmes sont en progrès, les inégalités persistent. Mais ne devrait-ce pas être un combat continu ? Et comme l’expriment certains*, n’est-elle pas stigmatisante ? Présentant la femme comme une victime nécessitant un soutien ? Ne tendrait-elle pas à créer d’autres inégalités finalement ?

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Cette journée rime aussi avec féminisme pour 49,2 %* (6,3 % sans opinion). Alex l’assume. Beaucoup disent être pour l’égalité mais pas féministe. Pourtant, avec la définition de la jeune femme, une grande majorité le serait : « Je pose deux questions. Est-ce que vous pensez que dans la société, hommes et femmes ne sont pas égaux ? En général la réponse est oui. Et la deuxième : est-ce que vous trouvez ça normal ? S’ils répondent non, c’est qu’ils sont féministes ». Alors ?

Des inégalités partagées

Et les hommes ? « Stigmatisés », « dégradés », « désemparés »…  Voilà comment ils se sentent face à l’importante mobilisation des femmes depuis quelques mois. Alors « guerre des sexes » ? Non pour 70,6 %*. Car la majorité des hommes soutient les femmes : « Les hommes ont obtenu de nombreuses choses « par naissance », les femmes n’ont pas eu cette chance et c’est tout à fait normal qu’elles se rebellent, c’est même déplorable qu’elles aient besoin d’agir ainsi, dans le sens où elles devraient posséder les mêmes chances que les hommes sans avoir à se battre pour »*. Inversement, une femme souligne que les hommes peuvent aussi être confrontés aux inégalités. Exemple ? Congé paternité, garde des enfants après un divorce. Un autre plus minime ? Les boîtes de nuit. C’est beaucoup plus facile pour une fille d’y entrer et c’est parfois gratuit pour elles. Mais pour quoi au final ? Servir d’« appât ». Là, elles ne disent rien.

« Le vrai combat des femmes n’est pas de devenir supérieure à l’homme mais de devenir son égal », « ce n’est pas tellement combattre les « inégalités », mais se battre pour l’égalité », expliquent deux femmes*. Mais à un homme de remarquer* qu’« il ne faut pas oublier que nous sommes différents et donc que jamais nous ne serons totalement égalitaires, il y a des points où les femmes sont majoritairement plus fortes et d’autres où ce sont les hommes, c’est une question de génétique ». Ne faudrait-il pas alors parler d’équité plutôt que d’égalité ?

« Le vrai combat des femmes n’est pas de devenir supérieure à l’homme mais de devenir son égal. »

Des solutions

Pour avoir une parité dans l’entreprise aujourd’hui, certaines placent des femmes à des postes importants. Mais qu’en est-il des compétences ? L’effet peut s’inverser : une femme aura plus de chances d’avoir une promotion parce qu’elle sera femme. Et comme le disait Françoise Giroud, « la femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente ».  Mais combattre les inégalités ne devrait-il pas commencer dès l’éducation ? Aujourd’hui, les enfants regardent de plus en plus la télévision et intègrent des idées inconsciemment (publicités). Leur apprendre à bien se comporter, leur dire que le harcèlement est mal, qu’homme ou femme a autant de mérite et qu’aucun n’est supérieur à l’autre : c’est sûrement par là qu’il faut commencer pour espérer avoir une société plus juste.

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*sondage réalisé auprès de 126 personnes ayant très majoritairement moins de 20 ans, 73 % de femmes et 37 % d’hommes

LES FEMMES EN CHIFFRES

Dans le monde

  • 51 % de la population mondiale
  • Effectuent 66 % du travail
  • Perçoivent 10 % des revenus

En France

  • 1 femme victime de viol ou tentative de viol toutes les 8 minutes (soit 84 000 par an)
  • 2 % de violeurs condamnés
  • 1 femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint ou ex

D’après des chiffres de La France Insoumise