Le « Polder » pourrait être un ordinaire café d’Hellemmes. Mais le 7 décembre 2017, il a décidé de devenir l’initiateur nordiste d’un élan de solidarité dont les Français ont grand besoin. Simplement en répondant à l’appel de Dounia Mebtoul – créatrice de l’association « Les Frigos Solidaires » – et en plaçant devant son entrée un petit réfrigérateur, parfois vide, mais souvent rempli, à la disposition de tous.

Le premier frigo solidaire lillois se trouve à Hellemmes, devant le restaurant le Polder

Le système est simple : on donne, on se sert, on partage et on aide. Plus discret que les grandes associations comme les «  Restos du Cœur », ce petit frigo attire principalement des personnes qui ne souhaitent pas afficher leur statut précaire. « J’avoue que moi je ne regarde pas qui prend, je n’ai pas envie de juger les gens, mais le but c’est que ça touche tout le monde, même des étudiants en galère à la fin du mois » souligne Sophie, qui effectue son service civique dans le bar.

Le concept, déjà connu en Allemagne, commence à s’étendre en France. Récemment l’inauguration du 4ème réfrigérateur à Paris et une présence discrète à Marseille, Nantes… des associations comme « Cap ou pas cap ? » et « Les Frigos Solidaires » se mobilisent pour démarcher les lieux et trouver des partenariats. Le projet du « Polder » a par exemple été financé par  « Identité Mutuelle ». Les associations comptent également sur les dons d’internautes et sur les déductions fiscales dont bénéficient les donateurs. Mais Max, barman au « Polder », se veut réaliste : pour ces petits projets, aussi solidaires soient-ils, la visibilité reste assez limitée.

Tout le monde peut participer à l’élan de générosité, néanmoins ces frigos s’accompagnent de règles sanitaires à respecter, en particulier concernant les dates de péremption, obligatoirement mentionnées. Le bar ne peut donc pas mettre à disposition des plats préparés, même pour réduire le gâchis, car, comme l’explique Sophie : « s’il y a un contrôle ou que quelqu’un tombe malade… on a peur que ça nous retombe dessus. » Il faut donc essentiellement compter sur la solidarité des particuliers, souvent des habitués, ou bien des magasins de proximité. De son côté l’équipe du Polder peut compter sur un petit supermarché qui vient livrer des invendus ou sur la voisine boulangère pour remplir le réfrigérateur.

Vous ne savez pas quoi mettre dans le frigo? Consultez les instructions.

Attention cependant à ne pas rater les heures d’ouverture du bar : le frigo est rentré tous les soirs et le dimanche. Une précaution aisément compréhensible car, même si pour le moment l’équipe déclare ne pas avoir de problème, le frigo pourrait facilement disparaître pendant la nuit. Ce qui explique que certains lieux préfèrent le laisser à l’intérieur, pour parfois y mettre leurs propres invendus, s’assurant un réfrigérateur plein, aux dépens de l’anonymat des consommateurs.

Pour autant pas de panique, le système fonctionne très bien et d’après Sophie « en règle générale les gens jouent bien le jeu. Clairement ça peut se reproduire ailleurs. Et ça serait cool qu’il y en ait partout ». Pour qu’un jour, tout le monde puisse croiser des frigos solidaires dans son quartier et, pourquoi pas, y trouver la sauce tomate qu’il manquait pour accompagner les pâtes de la fin du mois. C’est bon pour la planète et surtout, c’est bon pour la solidarité.

 

Le petit + : créer un frigo solidaire en 5 étapes c’est possible (et promis ce n’est pas si compliqué)

1) Commencer par démarcher des commerces, en présentant le projet et les engagements de l’association.

2) Accompagner le commerçant dans la rédaction et la signature d’une convention pour rendre le projet concret.

3) Ouvrir un appel aux dons pour financer le réfrigérateur (pour un montant de 1300 euros).

4) Assurer un maximum de visibilité au projet une fois le plafond de la collecte atteint.

5) Aller sur le site « Les Frigos Solidaires » pour plus d’informations et télécharger la brochure avec toutes les indications utiles !