C’est une des retombées de l’Euro 2016 : le CAD ou Commentaire Audio Descriptif, a débarqué au stade Pierre Mauroy à Lille. Une première en France ! Derrière cet outil, des journaliste permettent aux spectateurs déficients visuels de suivre les matchs en direct et de vivre leur passion. Augustin Bouquet des Chaux est étudiant à l’École Supérieure de Journalisme et commentateur bénévole lors des matches du LOSC. Il revient avec nous sur son expérience.

 Comment as-tu connu le projet ?

En début d’année dernière, j’ai reçu un mail de l’ESJ qui présentait le projet, porté par la Fédération des Aveugles de France et le Centre pour l’Accès au Football en Europe pour l’UEFA. Ils recherchaient des bénévoles parmi les étudiants en école de journalisme. Le mail était court mais en voyant «commentaire audio description Euro 2016 »  j’ai été scotché.

Comment as-tu été sélectionné pour participer à cette aventure ?

J’ai envoyé mon dossier avec une lettre de motivation et une fiche de renseignements et j’ai été accepté dans le programme. On a fait deux jours de formation à Paris le 24 et 25 mars, puis on a suivi une formation à distance avec  J-M. Streel, animateur à la télévision belge RTBF. On devait regarder des matchs et les commenter, à chaque fois en duo. En se basant sur ces commentaires, une autre sélection a été faite, puis l’Euro a débuté.

 

Concrètement, comment ça se passe dans le stade un jour de match ?

Quand le supporter malvoyant arrive au stade, il se branche sur 107.1, la fréquence courte distance qui émet dans le stade pour suivre le match et il se place où il veut car il bénéficie partout de la même expérience. A l’accueil, on fournit aux personnes qui ont des places PMR, (Personne à Mobilité Réduite), boîtiers et casques s’ils n’ont pas de radio ou s’ils utilisent d’autres appareils, comme l’iPhone sur lequel on ne capte pas toujours les fréquences courte distance. C’est un peu compliqué parce que la loi interdit de demander aux gens quel type de handicap ils ont. Ça aiderait pour la distribution mais c’est logique, ça empêche les discriminations.

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Parle-nous de ton expérience, comment l’as-tu vécue?

C’était un peu le baptême du feu, je n’avais jamais eu d’expérience de ce type. Le premier match que j’ai commenté c’était Allemagne-Slovaquie. Ensuite, j’ai couvert les matchs à Lille, un match à Lens et depuis, je continue avec le LOSC. C’est fort de se rendre compte que ce que tu fais est utile. Ce qui est dingue, c’est  surtout quand tu rencontres quelqu’un à qui tu as commenté le match et qu’il te remercie parce qu’il a kiffé. Ce n’est pas quelque chose que tu fais pour ta gloire personnelle. Il y a bien sûr des choses à améliorer parce qu’en tant que voyant, on ne pourra jamais se mettre totalement à leur place, mais les retours sont positifs.

Le CAD, c’est quoi concrètement ?

Ça se rapproche beaucoup du commentaire classique : on est toujours à deux. Tout seul, on tiendrait à peine dix minutes dans un match très rythmé. Il faut respirer, et pendant ce temps, le jeu continue. Pour le travail d’équipe, il n’y a pas de partage précis, les choses se font naturellement. On doit tout faire vivre : rapporter ce qui se passe dans les tribunes, décrire la coupe de cheveux d’un joueur… La réelle différence c’est le système de zones sur le terrain. On le divise en quatre zones, A-B-C-D en traçant une ligne imaginaire qui relie les points de penaltys et passe par la ligne médiane au milieu. On explique alors avant le match le système aux personnes non-voyantes ou malvoyantes.

Maintenant qu’il y a le CAD, y-a-t-il plus de spectateurs malvoyants qui profitent des matchs de football?

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Il y a des gens qui ne savent même pas que le dispositif existe mais grâce aux émissions qui se sont déplacées comme J+1 de Canal+ ou France 3 Nord-Pas-de-Calais, on gagne de la visibilité. Il faut travailler sur la communication mais c’est aux clubs de prendre leurs responsabilités. Le LOSC les a prises et d’autres clubs emboîtent le pas, comme le PSG. Le cécifoot, (le football pour les malvoyants), est très développé, c’est la preuve qu’il y a un public.

Comment vois-tu l’avenir pour l’audio description dans le sport, penses-tu que ça aura une plus grande portée que dans le foot ?

Ça fonctionne plutôt bien en Belgique où c’est plus répandu. Pour moi, le foot doit être le déclencheur de tout, c’est le sport le plus populaire. Au championnat du monde de handball, il y a eu de l’audio description. Il est possible que ça se développe dans tous les sports, avec sûrement une méthode différente : commenter de l’athlétisme par exemple, c’est différent du foot. Si les fédérations des autres disciplines voient que ça marche pour le foot, elles suivront. Il y a des personnes malvoyantes fans de rugby ou de tennis qui se diront pourquoi pas nous. On en est encore aux balbutiements, mais il y a de l’avenir.

Photo de Une : Augustin en action