Au XIXe siècle, dans la région, les spectacles de marionnettes faisaient fureur auprès des ouvriers. L’exposition de l’Hospice Comtesse vous permet de découvrir cet art du divertissement qui a bien changé aujourd’hui.

En poussant la porte de l’exposition, vous remontez le temps. Bienvenue dans la classe ouvrière du XIXe siècle. Après une petite partie historique qui permet de recontextualiser l’exposition, vous pouvez vous balader, découvrir les castelets (scènes où les spectacles de marionnettes étaient joués), ainsi qu’une très large collection d’authentiques marionnettes à tringle.

Documents illustrant la vie ouvrière du Nord.

Louis de Budt, Louis Richard… Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais dans ce temps-là, ils avaient une grande renommée. A l’origine, se lancer dans les spectacles de marionnettes n’était pas une fierté pour les ouvriers. C’était surtout un moyen d’augmenter ses revenus : l’entrée n’était pas chère mais le public était nombreux à chaque représentation.

Les marionnettes étaient de bons professeurs

Le but de ces spectacles était d’apporter un peu de joie aux ouvriers. Le patronat ne se souciant que très peu des conditions de vie de ces derniers, ce divertissement leur permettait de se retrouver entre eux et de passer du bon temps.

Affiches vantant différentes pièces.

Mais ce n’est pas tout. Louis Richard, Belge arrivé à Roubaix à 13 ans, était un illustre marionnettiste. Il voyait dans ces spectacles un moyen d’instruire. Des pièces racontant l’Histoire de France, des histoires de capes et d’épées, des scènes d’Alexandre Dumas… Le répertoire de Louis Richard comptait 200 à 300 pièces. Elles étaient jouées dans un bon français, ce qui permettait aux ouvriers belges d’apprendre la langue.

Mais le Ch’ti n’était pas oublié !

Marionnettes de « Jacques », personnage comique lillois.

Après avoir joué une pièce principale, les marionnettistes enchaînaient avec une saynète, plus courte, en patois. Appelée « boboche » ou « vaudeville », celle-ci était une pure comédie. Les rôles s’inversaient : les nobles n’étaient plus au-devant de la scène, des personnages plus populaires devenaient héros. Ainsi, Jacques, personnage typique de valet dans les grandes pièces, se retrouvait héros de nombreux vaudevilles.

Un art complet

Les marionnettes devenaient souvent une affaire de famille. Louis de Budt était pompier au Grand opéra de Lille. Il assistait aux représentations, faisait des croquis des costumes, décors et acteurs. Cette influence de l’opéra se retrouvait dans ses spectacles. Il sculptait et peignait lui-même ses héros de bois, mais également les décors, les affiches de spectacles…

En vous baladant dans l’exposition, vous pourrez constater le soin apporté à la fabrication de ces pantins. Des yeux brillants en sulfure, des matières soignées pour des vêtements colorés… Louis de Budt était appliqué dans sa création. Sa femme cousait les vêtements et sa fille chantait pendant les représentations, accompagnée d’un accordéon. L’art de la création de marionnette était précis et délicat. Pour plus de réalisme dans les mouvements, Louis Richard inventa une nouvelle façon de créer ses personnages, en faisant passer deux tiges de fer directement dans le corps. Cela évitait d’emmêler les fils    et créait des mouvements plus fluides.

Un personnage de théâtre comique roubaisien et un personnage d’actualité représentant un colon néerlandais en Afrique du Sud.

Les marionnettes pesaient entre 4 et 5 kg : les manier était donc également tout un art. À la fin de l’exposition, certaines sont d’ailleurs disponibles, si vous voulez réveiller le talent de marionnettiste en vous !

Musée de l’Hospice Comtesse – 32 rue de la Monnaie, 59800, Lille                                  03.28.36.84.00                                                                                                          3,60 euros/2,60 euros (étudiants)                                                                              Jusqu’au 15 avril 2018