Le 13 février se tenait au Flow, le centre eurorégional des cultures urbaines de Lille, une projection d’un documentaire sur le fond et la forme du rap. Sneetch s’y est rendu et a décidé de se pencher sur la question de l’influence du rap sur la jeunesse, un sujet vaste mais néanmoins très important à l’heure où ce genre musical se porte très bien, en particulier dans les classements en streaming.

La question de l’influence du rap sur la jeunesse a connu un regain d’importance cette année avec les décès des rappeurs américains Lil Peep et Fredo Santana, tous deux liés à la consommation d’opiacés. Après avoir vu succomber ces deux artistes, qui produisaient une musique très explicite et provocante, on ne peut que s’interroger sur le poids du rap sur la jeunesse.

« Le rap c’était mieux avant »

Qui n’a jamais entendu cette phrase ? En référence au rap des années 90, elle renvoie à l’idée que les premiers titres du genre se voulaient engagés et très loin du côté superficiel que l’on peut retrouver aujourd’hui. Il est cependant vrai que des groupes comme IAM ou encore Public Ennemy produisaient un rap très militant. Cependant, l’idée que le premiers morceaux de rap étaient tous engagés est fausse. « Prenez le Wu-Tang Clan: beaucoup les considère comme de grands lyricistes, mais il y a beaucoup de morceaux où ça raconte n’importe quoi !« , entend-on lors du débat faisant suite à la projection (les extraits rapportés ont été prononcés par des spectateurs lors du débat: par souci pratique, ils seront donc présentés anonymement). Pour remonter à la source, il suffit d’écouter le « Rapper’s delight » de Sugarhill Gang, considéré comme un des premiers titres de l’histoire du genre, pour constater que le rap d’avant n’était pas uniquement un rap militant:

Il y en a pour tous les goûts

Dans le rap actuel, il existe une multiplicité des genres indéniable. Des artistes comme Jul et Kery James, pourtant diamétralement opposés, coexistent sans problèmes. Le rap n’est pas un genre unique, et on lui associe une multitude de sous-genres, qui véhiculent tous des idéaux différents. Il est donc difficile de réellement parler d’une influence du rap dans un sens unique, car deux morceaux du genre peuvent exprimer des visions totalement opposées. « Je vais me faire l’avocat du diable mais, quand j’écoute du SCH ou du Lacrim, je sais que je ne vais apprendre grand chose, ce qui m’intéresse c’est l’ambiance », on entend dire dans la salle. Pour la suite de l’article, nous nous éloignerons donc des tubes actuels du genre et de leurs clichés habituels pour se focaliser sur des artistes plus engagés.

Une question de générations

« Ce que je voie, c’est que la nouvelle génération de rappeurs ne parle plus de changement: les problèmes rencontrés en banlieue continuent d’être abordés, mais c’est comme si le rap avait baissé les bras et se contentait maintenant juste de les dénoncer, considérant qu’ils ne seront jamais réglés.« , s’indigne un membre de l’auditoire. Les fans de rap plus ancien préfèrent les années 80-90 car le rap véhiculait à l’époque un message optimiste, poussant la jeunesse à changer les choses par elle même pour se sortir de la misère et de la délinquance. Aujourd’hui, le message porté par les rappeurs, qui ont pour la plupart la vingtaine, est révélateur d’un pessimisme exacerbé envers la situation dans les cités et l’aide apportée par l’état. Le rap d’aujourd’hui dénonce, mais il ne propose plus d’alternative, comme s’il était fatigué de voir qu’au fil des années rien ne change.

« Au final, le rap garde et gardera sa fonction de témoin des problèmes rencontrés par une jeunesse de banlieue victime de la misère sociale et financière », nous explique-t-on alors que le débat se termine, et c’est peut-être là le plus important: le rap permet de maintenir de nombreux sujets au goût du jour. Il a donc une fonction éducatrice sur la jeunesse, dans le sens où il met en relation les jeunes de différents milieux sociétaux par la musique.