Pornographie, free-parties… les sujets de thèses les plus surprenants

C’est vrai, les sujets de thèses sont souvent complexes, tordus et, osons le dire, franchement barbants. Seulement voilà, on tombe parfois sur des petites pépites. Le porno, les teufs, les jeux-vidéos… pas assez “théseux” ? Pourtant, à Lille, certains enseignants-chercheurs sortent des sentiers battus. Rencontre avec deux d’entre eux.

sneetch-recherche-universitaire-etudiants-lille-2Florian VOROS, enseignant-chercheur à Lille 3.
Thèse : Les usages sociaux de la pornographie en ligne et les constructions de la masculinité

Comment en êtes-vous arrivé à ce sujet décalé ?

Durant mon Master, j’ai commencé à étudier la pornographie et les usages du porno gay. J’ai fait mon mémoire de M2 sur les usages du porno gay. Ce qui m’intéressait le plus ? Principalement les questions de genre dans la sexualité, je suis donc parti dans un laboratoire de l’EHESS (école des hautes études en sciences sociales). Mes recherches me permettent d’étudier la culture populaire et comprendre comment se construit la masculinité, comment le visionnage du porno influence les regards sur cette question des genres, quelle place cette pratique prend dans la construction de soi.

Comment avez-vous trouvé les financements pour votre thèse ?

L’agence nationale de recherche sur le SIDA a financé ma thèse pendant trois ans. A cette époque, beaucoup de questions se posaient sur les effets que le porno aurait sur les pratiques préventives, notamment l’usage du préservatif chez les jeunes.

Comment vos proches ont-ils réagi face à l’annonce de votre sujet de thèse ?

La plupart de mes pairs ne comprenaient pas forcément. Pour beaucoup, ce sujet était ridicule ou choquant et empêchait de réfléchir de manière scientifique. Cela suscitait aussi des rires. Malgré mon argumentaire, je n’étais pas pris au sérieux. Ma mère, elle, a été la relectrice de ma thèse. C’est quelqu’un d’assez curieux qui s’est intéressée au sujet. Elle m’a découvert sous un autre angle, et ça nous a rapprochés. La difficulté c’est qu’il s’agit d’un type de sujet qui sexualise… malgré le contexte professionnel.

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Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la réalisation de cette thèse ?

Beaucoup de choses ! Ce que je voulais montrer, c’étaient les stéréotypes qu’endossaient les consommateurs de porno . Par exemple, l’image de l’adolescent mal à l’aise avec sa sexualité,qui est en fait éloignée de la réalité. J’essaie de mettre un peu plus de complexité là-dedans, en montrant que le porno est un vecteur d’une hiérarchie du masculin sur le féminin, mais ne participe jamais entièrement à la construction de ce stéréotype.

sneetch-recherche-universitaire-etudiants-lilleFrançois DEBRUYNE, chercheur en sciences sociales, Lille 3.
Thèse :
 Les sociabilités musicales et la constitution d’une culture musicale à partir de musiques électroniques

Quel a été le point de départ de vos recherches ?

A la fin des années 90 j’ai commencé par un DEA sur la représentation du DJ comme un “activiste underground”. A cette période, les “free-party” étaient à leur apogée mais seuls les anglo-saxons avaient creusé le sujet. Le problème est que leurs analyses étaient toujours très politiques. Or, pour moi systématiser était réducteur et laissait passer bien d’autres facettes de la fête.

Selon vous, quelles sont ces facettes trop peu exploitées?

Tout d’abord, je trouve inintéressant de cantonner la fête à un “jeu du peuple” éphémère et primitif. Au contraire, passer des disques et mixer de la musique crée un espace commun vecteur de sociabilisation. Je voyais là un véritable champ d’investigation.

Quelles ont été alors vos méthodes d’investigation ?

J’ai participé à beaucoup de “free-party”. A force d’observation, je découvrais un véritable petit monde en quête d’indépendance. J’assistais à la construction d’une véritable culture musicale collective. En parallèle, je passais beaucoup de temps chez un disquaire qui, contre toute attente, est devenu le point central de mes recherches. Je me suis laissé porter par cette opportunité. En sciences sociales, il faut savoir observer la réalité telle qu’elle se déploie et non pas comme l’on voudrait qu’elle soit. 

Vous avez publié votre thèse en 2001. Qu’en avez-vous retiré ?

Un intérêt croissant pour les pratiques d’écoute . Comment elle permet de faire du sens. Beaucoup de gens supposent que l’écoute est un processus individuel, alors qu’elle est aussi, voire d’abord collective. J’ai également découvert que le DJ met très souvent sa compétence d’écoute au service de son travail.

Quelles ont été les réactions de vos pairs ?

Je n’ai eu aucun soucis avec mon sujet, je ne voyais d’ailleurs aucune illégitimité à l’exploiter. J’ai eu la chance d’être dirigé par quelqu’un  d’extérieur au sujet, très ouvert et curieux. Cela m’a permis de mener une véritable investigation, sans enfoncer des portes ouvertes.

Florian Vörös, François Debruyne et bien d’autres ont d’abord écrit sur ce qui leur plaisait eux. Alors, amis étudiants, ne craignez plus la thèse. Celle-ci, avant d’être un écrit de 2000 pages est avant tout ce que vous voulez qu’elle soit.
Ainsi, si vous êtes des passionnés du pony-play, que vous trouvez que les concours de bouffe sont une véritable question sociétale ou que oui, Donald Trump a tout à fait sa place dans un chapitre sur le développement de la bryophyta en forêt amazonienne, lancez-vous !

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Rédacteurs :  Léa Jacquet, Alice Schemid, Julie Sperissen
Photographes : Olympe Dupont, Muriel Kaiser
Vidéastes : Candice Doussot, Océane Fourny
Relecteur : Julie Creignou
Chef de rubrique : Laurine Bibas