Vérifier que son pantalon blanc est toujours immaculé, craindre de laisser tomber un tampon de son sac, essayer tant bien que mal de faire le moins de bruit possible en ouvrant sa serviette hygiénique aux toilettes… Tel est le quotidien de nombreuses femmes durant leurs menstruations. Si ces quelques soucis logistiques paraissent dérisoires, ils témoignent d’un certain malaise dans notre société à parler des règles. Des lentes avancées pour se procurer des protections hygiéniques plus saines jusqu’aux maladies méconnues comme l’endométriose, Sneetch a mené l’enquête.

Dans un entretien accordé au magazine britannique Quartz, John Guillebaud, professeur de santé reproductive dans une université londonienne admettait que les douleurs liées aux menstruations pouvaient être comparables à celles ressenties lors d’une crise cardiaque. De là à estimer que la dysménorrhée* n’est pas assez prise au sérieux tant dans le monde scientifique qu’au sein de notre société, il n’y a qu’un pas… que nous franchirons. Car si les règles concernent la moitié de la population mondiale, pourquoi devrait-on chuchoter en évoquant le sujet ? Selon Aurélia Mardon, professeure de sociologie à l’Université de Lille 1, ce silence est explicable : « Certaines féministes rappellent que si les hommes avaient eu des règles, cette manifestation physiologique aurait été codée positivement ! Et peut-être que les chercheurs s’y seraient intéressés plus tôt. » Le ratio d’hommes dans le domaine de la recherche explique également ce phénomène, ceux-ci ne « comprenant pas le sujet » d’après le Pr John Guillebaud.

Un tabou lié au sexe féminin

En plus de leur inconfort, les règles s’avèrent envahissantes puisqu’elles forcent les femmes à opter pour de multiples protections hygiéniques afin d’éviter toute fuite extérieure. Parmi elles, les classiques tampons et serviettes, toujours commercialisés de façon à rendre les règles moins honteuses pour les femmes. Entre les paquets de serviettes promettant de neutraliser toute odeur pour donner une odeur de rose à sa vulve et les publicités mettant en scène des femmes trop enthousiastes à l’idée de faire des longueurs puis de courir un marathon en plein début de cycle, des progrès sont encore à notre portée. Car si l’on a longtemps voulu faire des règles une honte, ceci est loin d’être le cas pour les sécrétions masculines. Le tabou vient du sexe féminin dans son entièreté et non pas seulement de ce qu’il pourrait  sécréter,  comme  le  souligne  Aurélia  Mardon  : « La gêne face aux règles s’inscrit dans une logique de dévalorisation du féminin et du corps féminin qui va de pair avec la domination masculine. »

Contourner les injonctions marketing

Les publicités ont beau encourager la consommation de tampons et de serviettes hygiéniques, elles ne placent pourtant jamais en lumière les risques liés à ce type de produits. Durant la Préhistoire, les femmes se protégeaient avec des peaux de lapin. Désormais, elles mettent sans le savoir leurs muqueuses au contact d’ingrédients toxiques comme « de l’aluminium, des alcools, des additifs de parfum, des hydrocarbures, des pesticides et des résidus de dioxine » selon le magazine Consoblog. De plus, le port de tampon augmente le risque de libération d’une toxine pouvait être responsable d’un choc toxique, mortel dans 3% des cas.

Des alternatives éco-responsables

La cup, le nouveau moyen de protection pendant les règles.

Pour échapper à ces risques et autres produits chimiques, certaines ont choisi de passer à la protection bio. L’arrivée de la Cup a ainsi provoqué une mini-révolution dans le monde des menstruations dernièrement. Cette coupe en silicone existe en différentes tailles selon l’anatomie de la femme et s’insère dans le vagin en se pliant. La Cup doit être retirée puis lavée et il est nécessaire de la stériliser avant chaque nouveau cycle. Une règle d’or cependant, attention à ne pas la garder plus de douze heures, celle-ci ne protégeant pas du choc toxique.

Pour celles qui ne seraient pas à l’aise à l’idée d’insérer quelque chose dans leur vagin, pas de panique, il existe également des serviettes lavables aux composants naturels, biodégradables et recyclables. A voir à présent si le fait de les laver ne laisserait pas des particules liées à la lessive potentiellement dangereuses sur les serviettes.

D’autres combats restent à mener

L’apparition de protections plus saines et écologiques constitue une belle avancée pour améliorer le confort des femmes durant leurs règles. Malheureusement, leur praticité ne changera pas la donne pour celles qui souffrent d’endométriose.

Selon un article du Huffington Post, « la méconnaissance de la maladie est telle que le diagnostic peut être établi avec 6 à 10 ans de retard. » Le combat des femmes qui souffrent d’endométriose est ainsi d’aller vers une prise en charge plus efficace de cette maladie et d’une meilleure médiatisation d’un mal qui concerne tout de même une femme sur dix.

Dysménorrhée* : menstruation difficile et douloureuse