Le retrait du CPE en 2006 a marqué la fin d’une phase hégémonique des syndicats étudiants en France. Leur influence est-elle néanmoins vraiment érodée aujourd’hui ?

Alors que les syndicats étudiants ont tendance à revendiquer la force du nombre, qu’en est-il réellement ? « Il y a certes une réticence des jeunes vis-à-vis des organisations traditionnelles mais l’UNEF a encore beaucoup d’adhérents », nous livre Anouar, président de l’UNEF Lille. Clément, syndiqué à Solidaires Etudiant-e-s, ajoute qu’ « en 2 ans, le nombre de militants dans le syndicat a doublé à Lille 2 », même si son syndicat n’a pas volonté d’être le premier syndicat étudiant de France. Tristan Haute, doctorant-chercheur au CERAPS et spécialiste des syndicats étudiants nous confie que les syndicats ont toujours eu « peu de membres, 0,5% des étudiants étant syndiqués », mais que les effectifs restent stables même si une légère baisse est visible.

Un rôle à jouer ?

Un des rôles majeurs des syndicats étudiants est de protéger les droits de ces derniers au sein des instances représentatives. « C’est grâce à elles que nous obtenons de nouveaux droits.», juge Anouar. Clément, lui, n’est pas de cet avis, son syndicat ayant surtout un rôle à jouer dans les conseils de faculté. « Une voix peut tout faire basculer. On a réussi à voter une motion contre la sélection, on a viré [sic] le doyen… » Clément trouve cependant qu’au niveau des instances départementales et régionales, cela n’est pas le cas. Les syndicats auraient au final plus un rôle consultatif qu’un rôle décisionnel au sein de ces instances. Néanmoins, Clément et Anouar s’accordent pour dire que les syndicats agissent efficacement pour régler les cas individuels d’étudiants.

Malgré un déclin relatif du syndicalisme, le nombre d’étudiants engagés reste stable.

« ces organisations ont mythifié un passé où elles avaient un poids »

Un rôle relatif et questionnable

Pour Tristan Haute, le rôle des syndicats étudiants est cependant à relativiser. La part attribuée aux « services », comme la gestion des cas étudiants est plutôt faible. En ce qui concerne le rôle à jouer dans les instances représentatives, le constat est encore plus surprenant. « Les organisations syndicales ont mythifié un passé où elles avaient un poids dans ces instances ». Dans les faits, les syndicats étudiants ont toujours eu un poids très faible dans le processus décisionnel, ce qui est d’ailleurs une particularité française. « Tout dépend des fenêtres d’opportunité », selon le doctorant-chercheur.

Pour le CPE, le gouvernement était faible et divisé sur la question tandis que l’UNEF avait un porte-parole national fort, légitime. C’est la conjoncture qui a permis le retrait du projet et moins l’influence même des syndicats. Reste à voir si une fenêtre d’opportunité se dessinera dans les prochains mois concernant la lutte contre la réforme du bac et de l’Université.

Quelques données sur les syndicats étudiants

L’UNEF qui a joué un rôle important lors du retrait du CPE semble maintenant fragilisée. Tristan Haute explique qu’un affaiblissement est visible au niveau national, l’organisation étant passée de 1re à 2è organisation syndicale étudiante de France en 2017 mais qu’il est encore plus marqué au niveau local avec une baisse des forces de mobilisation.

Le chiffre des étudiants syndiqué reste flou, chaque syndicat ayant une définition différente de l’« adhérent ». L’UNEF revendique 19 000 adhérents dont 6500 se considérant comme syndiqués. Solidaires Etudiant-e-s est composé de 500 adhérents-militants (les deux notions se confondent). La FAGE, qui a détrôné l’UNEF en 2017, revendique 10 000 adhérents dont des adhérents indirects qui n’ont pas adhéré directement à la FAGE mais à d’autres associations – pour obtenir des livres scolaires par exemple – affiliées à la FAGE.