BESS/CROUS : tous les étudiants ne sont pas égaux devant les bourses

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À statut égal, un étudiant en Droit ou en Histoire accèdera plus facilement à une bourse qu’un étudiant infirmier ou qu’un étudiant éducateur de jeunes enfants. Tout simplement car les bourses d’études sanitaires et sociales (BESS) sont gérées par la Région et non pas par le CROUS.

Les formations sanitaires et sociales sont les seules formations d’Enseignement Supérieur dont la compétence de gestion est régionale depuis le 13 août 2004, au titre de la formation professionnelle. Les aides sociales sont donc également gérées par les régions, selon des règles différentes de celles du CROUS. Certains étudiants se retrouvent dans des situations problématiques.

« Je ne suis pas sûre de poursuivre mes études »

sneetch-bess-bourse-etudes-sociales-sanitaires-etudiante-précarité (1)Juliette*, 20 ans, étudiante en 3ème année de sage-femme au CHRU de Lille

Depuis septembre, Juliette est dans une situation très précaire. Elle vit avec 105 euros par mois, une pension alimentaire que lui verse son père. « Avec mon loyer de 150€, la nourriture, mes frais de voiture pour me rendre en stage, ma mutuelle etc, je dépense bien plus que ce que j’ai ! Je suis obligée de taper dans les réserves que j’ai constituées en travaillant l’été……… »

Elle a pourtant fait sa demande pour une Bourse d’études sanitaires et sociales (BESS).  « Je suis à l’échelon 1, je touche donc 166 euros par mois.«   Ce qui est encore très peu par rapport aux dépenses engendrées par ses études. Il y a deux ans, elle était inscrite en première année de médecine à l’université Lille 2 et avait donc droit à la bourse CROUS.

« J’ai rencontré une assistante sociale du CROUS, qui m’a aidée à faire une demande spéciale de bourse, comme ma mère connaissait des soucis de santé. J’étais à l’échelon 6 au CROUS. L’an dernier, j’étais également à l’échelon 6 au niveau de la BESS. Cette année, l’assistante sociale du CROUS m’a conseillée de me déclarer sur mon propre foyer fiscal. Mais la Région n’a pas accepté de le prendre en compte. Ça aurait passé pour le CROUS mais pas pour la BESS. »

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Pour la Région, il faut qu’un étudiant ait gagné dans l’année plus de 50% du SMIC brut annuel pour être considéré comme indépendant, alors qu’au CROUS c’est 25% du SMIC brut annuel. Juliette n’est donc pas considérée comme indépendante et ce sont les revenus de sa mère qui sont pris en compte.

« Comme mon père me verse une pension alimentaire, ils m’ont également demandé ses revenus.  Même s’ils ne me considèrent pas comme indépendante, je demande à être revue à la hausse. Ma mère ne pourra pas m’aider. »

Travailler pour gagner suffisamment ? Juliette a tenté. « Avec nos horaires de stage qui varient tout le temps, les gardes la nuit etc., c’est impossible. On ne peut pas postuler à des jobs étudiants classiques ! » Juliette est face à une impasse. « Si je n’ai pas de bourse plus importante, je vais devoir arrêter mes études … » Elle attend une réponse des services de la Région courant janvier.

« À 29 ans, je suis retournée vivre chez ma mère »

sneetch-bess-bourse-etudes-sociales-sanitaires-etudiante-précarité (2)Marie*, étudiante  en 1ère année à l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) Santélys

En septembre, Marie a commencé une reconversion professionnelle en études d’infirmière à Santélys. Ancienne chargée de projet communication à Paris, elle reçoit tous les mois une allocation Pole Emploi de 1 000 euros. Pendant quelques mois, elle a décidé de retourner vivre chez sa mère, en attendant une éventuelle bourse pour chercher son propre logement.

« La situation temporaire s’installe dans la durée. Comme je suis retourné habiter chez ma mère, les services de la Région ont considéré que j’étais à sa charge et ont donc décidé de se baser sur ses revenus à elle dans le calcul de ma bourse. Pourtant je lui paie un petit loyer et j’ai d’autres traites comme un garde-meuble ou le remboursement de mon prêt étudiant ! »

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Comme ses parents sont divorcés, ils ont également demandé les revenus de son père. « Ainsi que le jugement du divorce, qui date de 2008 et où il avait été décidé que mon père devrait me verser une pension alimentaire. Du coup, je n’ai pas de bourse et les services de la Région m’ont cordialement invitée à me retourner contre mon père pour qu’il me verse une pension ! »

Marie pense faire une pause entre la deuxième et la troisième année pour être sûr d’arriver au bout. « Je vais renflouer les caisses en travaillant en tant qu’aide-soignante pendant un an. Je n’aurai pas le choix. »

La région Nord-Pas-de-Calais-Picardie n’est pas la seule responsable de cette situation, elle applique les règles définies au niveau national, notamment par des décrets datant de 2005 et 2008. C’est pourquoi les associations représentant les étudiants en formation sanitaires et sociales réclament que des décisions soient prises au niveau gouvernemental, notamment un accroissement des dotations allouées à la Région pour la gestion des formations sanitaires et sociales.

*: les prénoms ont été modifiés

Nota Bene : Le service communication du Conseil Régional Nord-Pas-de-Calais-Picardie a été contacté pour avoir une réaction sur la question mais aucune réponse n’a pu être apportée dans les délais. 

"La Région doit adopter un système identique à celui du CROUS"

quentin-mahy-vpe-crous-lilleQuentin Mahy est vice-président étudiant au CROUS de Lille. Les problèmes de bourses des étudiants sanitaires et sociales, il connaît ça sur le bout des doigts. Ancien étudiant infirmier et représentant associatif, il a mené des négociations avec la Région pour que les montants des BESS soient indexés sur ceux du CROUS à la rentrée 2014 et pour la création des échelons 0 bis et 7 à la rentrée 2015. 

Quelles sont les différences qui persistent entre la BESS et la bourse du CROUS ?

« Il y a encore des différences sur les critères d’attribution, notamment les revenus et les points de charge.  Le système est également encore différent sur les droits de redoublement. En formation sanitaires et sociales, si tu redoubles une fois, tu as toujours droit à la bourse, si tu redoubles deux fois, tu n’y as plus droit. Alors qu’au niveau du CROUS tu peux redoubler une fois en licence et une fois en master. »

Que conseiller aux étudiants de formation sanitaires et sociales qui se retrouvent en difficulté financière ?

« De prendre rendez-vous avec une assistante sociale du CROUS. Comme ils paient une cotisation à la Sécurité sociale étudiante, il faut savoir que les étudiants en formation sanitaires et sociales ont certains droits au niveau du CROUS, dont l’aide ponctuelle, donnée en cas de difficulté majeure. »

Que préconises-tu pour que cette inégalité disparaisse ?

« Si la Région adopte un système identique à celui du CROUS, le problème ne se posera plus. Dans un premier temps, l’idée est de faire en sorte que la Région Nord-Pas-de-Calais-Picardie utilise le même règlement pour la BESS que le CROUS, notamment qu’une revalorisation des montants soit prévue tous les ans. Deuxième phase : faire en sorte que le transfert des bourses sanitaires et sociales vers le CROUS soit effectif. »

Un tel changement n’est pas utopique ?

« Cela peut être possible. L’exécutif régional fraîchement élu doit mettre en place un nouveau règlement pour les formations sanitaires et sociales pour la rentrée prochaine. C’est en ce moment qu’il faut négocier avec les élus. C’est là que j’interviens ! »

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