Maroin Al Dandachi : étudiant lillois et « combattant » pour le peuple syrien

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Maroin Al Dandachi est étudiant à Lille en quatrième année à l’ISEN. Né en France de parents syriens, il avait l’habitude de passer tous ses étés en Syrie avant que le conflit n’éclate en 2011. Pour aider sa famille, son peuple, il a choisi de s’investir ici, en France. De ses racines dans ce pays qu’il affectionne tant à l’accueil de familles de réfugiés syriens à Lille, ce parfait contre-exemple des terroristes s’est confié à Sneetch.

 

Sneetch : Tu es né en France. Pourquoi te sens-tu autant lié à la Syrie ?

Maroin Al Dandachi : « J’ai eu la chance de grandir avec la double culture. Je passais toute mon année scolaire en France et tous mes étés en Syrie, dans le village de Tall Kalakh, à la frontière entre le Liban et la Syrie. Je pouvais comparer les deux pays. J’ai toujours eu l’impression qu’en Syrie, il y a plus de respect familial. Il n’y a pas de retraite là-bas, ce sont les enfants qui subviennent aux besoins des parents à partir d’un certain âge. À chaque fois, je revenais ici et je constatais le contraste avec mes camarades en mode ado qui étaient énervés contre leurs parents. Ça m’a toujours surpris. Puis la Syrie c’était un retour à la vie simple qui fait oublier les inconvénients de la modernité. »

 

Comment as-tu vécu le début du conflit en Syrie ?

Maroin Al Dandachi : « C’est allé crescendo. En 2011, lorsque les jeunes Syriens ont commencé à manifester, j’y ai vu une opportunité pour que la Syrie accède aux avantages de la modernité. Mais la situation s’est vite dégradée. Un de mes cousins a été arrêté à l’été 2011. Ça a été le premier choc. Il a pris quinze ans de prison pour terrorisme alors qu’il ne faisait que chanter dans les manifs. Puis il y a eu des morts, la répression……… »

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« Je pouvais apercevoir mon village depuis le Liban et tous les jours il était bombardé de tirs de tanks et de mortiers. C’était très dur. Je ne pouvais pas rester sans agir. « 

Maroin Al Dandachi, durant l’été 2012

Ta famille n’a pas été trop touchée ?

Maroin Al Dandachi : « Ils se sont assez rapidement réfugiés au Liban, sauf des cousins qui ont pris les armes pour protéger le village. Je suis allé voir ma famille à l’été 2012. Je pouvais apercevoir mon village depuis le Liban et tous les jours il était bombardé de tirs de tanks et de mortiers. C’était très dur. Je ne pouvais pas rester sans agir.

 

Pourquoi ne pas avoir pris les armes ?

Maroin Al Dandachi : « Fin 2012, le cousin que j’adorais le plus en Syrie est décédé alors qu’il se battait contre l’armée. Il a laissé des écrits en arabe où il explique les raisons de son combat. Ça a été l’élément déclencheur pour moi. Son idée d’une Syrie libre et unie m’a inspiré pour m’investir au nom de la survie de la révolution syrienne. Ce combat-là pour moi, ne pouvait que se faire de manière pacifique. J’avais plus à faire ici en France que prendre les armes là-bas en Syrie. »

« Ce combat-là pour moi, ne pouvais que se faire de manière pacifique. J’avais plus à faire ici en France que prendre les armes là-bas en Syrie.« 

Maroin Al Dandachi

Le conflit semble t’avoir transfiguré. Dans quelles actions t’es-tu engagé ?

Maroin Al Dandachi : « Cela m’a transformé en quelques sortes. J’ai décidé de profiter des opportunités qui me sont offertes ici. Les terroristes se rendent en Syrie parce qu’ils pensent apporter leur aide là-bas, or c’est le contraire qu’ils font… J’ai ouvert les yeux sur le travail qu’il y a également à accomplir ici. Je me suis motivé pour faire des choses bien, comme aider les sans-abris. Si je veux aider mon peuple, qu’est-ce qui m’empêcherait d’aider les gens dans le besoin ici ? Je me suis également mobilisé auprès des Syriens qui fuient la guerre et qui galèrent en arrivant en France à cause de la barrière de la langue et des démarches administratives. De temps en temps, je leur donne un coup de main pour trouver un hébergement. Une famille de Lambersart s’est proposée bien gentiment pour héberger une famille syrienne avec deux enfants pendant cinq à six mois. Ce genre d’expérience redonne la foi en l’être humain. »

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