Études de médecine, anxiété, médicaments : cocktail explosif

Les études de médecine sont parmi les plus difficiles dans l’enseignement supérieur français. La charge de travail est immense, le stress très intense. La pression qui repose sur les épaules de jeunes étudiants tous frais sortis du lycée n’est pas toujours évidente à supporter. L’été dernier, une étude révélait que 30% des carabins auraient recours à des stimulants pour booster leurs performances. Ce n’est pas l’unique conséquence médicamenteuse. D’autres, au contraire, ont recours à des produits pour se calmer. Sneetch a rencontré Pierre*, un étudiant en septième année, qui a accepté de témoigner.

Fin août dernier, une enquête révélée par Le Monde s’est répandue comme une traînée de poudre sur la Toile : les étudiants en médecine seraient dopés aux stimulants. L’étude, menée par six médecins de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne) auprès d’un échantillon représentatif de 1700 étudiants et jeunes diplômés révèle que 30% d’entre eux auraient consommé des produits en vente libre (Gurosan, boissons énergisantes…), 6,7% ont eu recours à des psychostimulants sur ordonnance (corticoïdes, Ritaline, utilisée notamment pour canaliser les enfants hyperactifs………) et 5,2% d’entre eux ont ingurgité des psychostimulants illicites en France (cocaïne, dérivés d’amphétamines………).

Tenter ainsi de décupler ses performances pour faire face à la charge très importante de travail n’est pas réservé aux étudiants de médecine, même s’ils sont les plus touchés. Déjà, en 2006, une étude menée par l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), révélait que les étudiants dans le domaine de la santé (24,8%) était les premiers à avoir recours aux stimulants, devant les étudiants en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) (22,1%) et les étudiants en droit-sciences politiques (20%).

« La sixième année, c’est un gros enjeu. […]C’est vraiment l’angoisse d’avoir un mauvais classement, surtout que c’est un résultat qui va te coller à la peau. »

Pierre*, qui a pris des médocs pendant ses études de médecine

Les étudiants ne parlent pas facilement du recours au médicament pendant leurs années d’étude. Pierre* est étudiant en septième année de médecine. L’an dernier, il a passé l’examen classant national (ECN), une des étapes les plus importantes pour un étudiant de médecine avec le concours de fin de première année. Entre la première et la sixième année, quelle est la plus stressante ? La réponse fuse. « La sixième. C’est un gros enjeu. Tu es classé parmi tous les gens, c’est déterminant dans le choix de ta profession. C’est vraiment l’angoisse d’avoir un mauvais classement, surtout que c’est un résultat qui va te coller à la peau. » Pour faire face à la pression de cette année charnière, il a eu recours à des médicaments pour tenter de trouver la sérénité avant les examens où au moment de dormir.

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Les corticoïdes, la Ritaline ou les autres psychostimulants cités dans l’étude, Pierre* n’y a jamais touchés. Pour lui, pas besoin de booster ses performances. « J’avais un stress de fond, j’étais assez excité pour bosser. Je n’avais pas besoin d’en rajouter. Le café me suffisait. Je ne saurais plus dire combien de tasses j’ai bues par jour ! Le bureau où je révisais était rempli de mugs. Mais du coup c’est un cercle vicieux. La caféine m’empêchait de dormir. J’avais une sacrée dette de sommeil. » 

En conséquence, Pierre* a cherché le meilleur moyen médicamenteux pour se calmer, tout en évitant d’avoir trop d’effets secondaires, pour ne pas nuire à ses révisions. Les somnifères comme le Zolpidem ou le Stilnox ? « J’ai essayé chacun de ces médicaments une fois. Les effets hypnotiques sont trop longs. Le matin, j’étais encore bien trop défoncé. » Les antihistaminiques comme le Donormyl ou l’Atarax ? « Pareil, cela te shoote complètement aussi. »

« Ce médicament est devenu une petite drogue pour moi. J’ai dû augmenter les doses parce-que mon corps s’est habitué. »

Pierre*, qui a pris des médocs pendant ses études de médecine

Il a préféré avoir recours à un bêta-bloquant, l’Avlocardyl, aussi nommé Propanolol. « J’en prenais de façon occasionnel les autres années et tous les jours l’an dernier, pour m’aider à m’endormir. Cela m’a aidé à supprimer les effets négatifs de l’angoisse comme les maux de ventre ou les diarrhées. » C’est un médicament que l’on ne peut obtenir que sur prescription d’un médecin. « Normalement j’aurais dû n’avoir qu’une boîte sur l’année, soit 50 comprimés. Mais j’ai augmenté les doses tout seul. De un demi comprimé en une prise, je suis passé à trois comprimés en fin d’année. »

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C’est à ce moment que Pierre* a développé un comportement à risque. « Ce médicament est devenu une petite drogue pour moi. J’ai dû augmenter les doses parce-que mon corps s’est habitué. Mais j’en suis pas fier aujourd’hui, car les effets sont notamment un ralentissement du rythme cardiaque. Cela aurait pu avoir des conséquences néfastes sur ma santé. » Une fois le concours passé, il a du faire attention à ne pas arrêter son « traitement » trop brutalement. « Comme mon corps avait pour habitude de fonctionner avec cette substance, j’ai du réduire les doses de façon progressive……… »

Rappelons que ces faits ne concernent pas tous les étudiants de médecine. Ceux qui éprouvent des difficultés avec leurs études et qui souhaiteraient en parler peuvent d’ailleurs se rapprocher du Service Inter Universitaire de Médecine Préventive et de Promotion de la Santé (SIUMPPS), où un personnel qualifié est là pour les accueillir.

*Le prénom a été modifié

"Certains étudiants en médecine ne font que subir"

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Armand Remy est président de l’Association Corporative des Étudiants en Médecine de Lille (ACEML) depuis deux ans. Étudiant en deuxième année à l’Université Lille 2, il tient à recadrer le débat et pointe du doigt la surcharge de travail.

Sneetch : As-tu déjà entendu parler d’étudiants qui prenaient des traitements de psychostimulants ou ce genre de médicaments ?

« Pas dans mon entourage immédiat. Après, je ne cache pas que le café et la nicotine sont souvent les compagnons de révisions, et que parfois, le Gurosan ou les boissons énergisantes peuvent faire partie de l’arsenal des étudiants en période de grosses révisions, une semaine avant les examens. Mais on est loin des effets des psychostimulants et autres médicaments cités dans l’enquête. »

Comment expliquer ce recours aux « stimulants » de manière générale ?

« Le rythme de travail en médecine est très soutenu. On peut venir à la fac pour bosser de 7h30 à 23h non stop. La moindre distraction peut coûter cher en heure de travail. On a 18, 19, 20 ou 21 ans et après 3 soirées de pause dans la semaine, certains peuvent ce sentir coupable. Il y a un problème ! »

Ce n’est pas possible de passer moins de temps à réviser ?

« Non, nous sommes inondés d’informations à intégrer assez rapidement. Du coup il faut beaucoup réviser. On m’a expliqué qu’ici à Lille 2, ils voulaient « former de meilleurs médecins qu’avant ». Du coup, le niveau des examens a augmenté. Nous avons des cours avec plus de réflexion, comme la cardiologie, dès la deuxième année. C’est intéressant de pouvoir recouper la théorie à la pratique mais c’est beaucoup d’informations importantes.

Pourquoi chercher à former de « meilleurs médecins qu’avant » ?

« D’un côté, c’est pour améliorer la future prise en charge de nos patients. Mais d’un autre coté, il y a aussi une concurrence entre les facultés de médecine en France. Par exemple, à la Faculté, avoir les meilleurs étudiants à  l’Examen Classant National (ECN), en 6ème année, permet de prétendre à garder les nouveaux internes au CHU, et ainsi améliorer l’attractivité de ce dernier. L’attractivité du CHU lui donne une certaine renommée pour la recherche et autres disciplines. Certains étudiants en médecine, eux, ne font que subir. Il y en a qui veulent effectivement viser les meilleures spécialités à l’ECN, comme cardiologue, neurologue……… mais d’autres, qui veulent devenir généralistes, une spécialité plus accessible au concours, subissent la pression de la hausse du niveau des études et des examens très tôt dans leurs cursus. »

Cela explique ce stress que ressentent certains étudiants ?

« En partie sans doute, mais je le répète, dans tous les cas, la charge de travail est considérable. Il faudrait trouver quelque chose pour que les étudiants en médecine profitent de leurs études, tant sur le plan de l’apprentissage, que sur le temps qu’ils peuvent avoir pour eux. De tous les cotés, il y a des efforts qui sont fait pour que les étudiants apprécient leurs études au lieu de les subir. Le tout est de continuer dans ce sens. »

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